RES / PERSONA BOBEE-CHENEAU

Publié le par Christophe

Le Prato Lille Vendredi 9 novembre

 
Site : web
 
"Res/Persona" - David Bobée / Ronan Cheneau
Théâtre

Je peux donc avoir encore vingt-cinq ans...
Et des milliards de choses à dire aussi
Tout à coup ça me vient...
Tout à coup, j'ai la prétention de dire des choses
Qui pourraient peut-être ne pas concerner que moi
Comme ça...
À la manière occidentale
Par exemple, je dis : Nous
Nous qui avons vingt-cinq ans

 

Le retour du Groupe Rictus qui a marqué les esprits la saison dernière avec « Cannibales ».
Ici, le premier volet de la trilogie écrite par Ronan Chéneau et mise en scène par David Bobée.

Au commencement : « Res/Persona »
Un salon bleu. Une jeune femme des années 2000 au moment de son passage à l'âge adulte et à son entrée dans le troisième millénaire. Sa difficulté existentielle comme reflet du mal-être d'une société tout entière, une prise de parole politique et intime sur des sujets contemporains.
Un solo écrit et mis en scène pour la comédienne Clarisse Texier, dans une collaboration originale entre auteur et metteur en scène, le texte s'écrivant en même temps que la mise en scène.

crédit photo : Jérôme Ricolleau

Texte : Ronan Chéneau / Scénographie et mise en scène : David Bobbée / Jeu : Clarisse Texier / Lumière : Stéphane Babi Aubert / Son : Yohann Allex / Régie générale : Thomas Turpin / Photographies : Jérôme Ricolleau Production Rictus, Durée : 1h40    

 http://www.rictus-davidbobee.net/

Entre le recyclage de slogans issus du jargon publicitaire et politico-médiatique, et une expression profonde du Je, les trois textes de Ronan Chéneau forment un triptyque abrupt et déclinent le monde en trois volets distincts : Res/Persona, Fées et Cannibales. Textuel et transdisciplinaire, le théâtre de la compagnie Rictus est générationnel, associe acrobates et comédiens en célébrant les amitiés et les concordances de l'auteur, du metteur en scène et d'une bande d'acteurs au jeu participatif. L'univers proposé par le metteur en scène, David Bobée, ancien assistant d'Eric Lacascade, se nourrit des différentes disciplines de la création contemporaine, le théâtre, les arts plastiques, la danse, les nouvelles technologie, le cirque.  

Res/Persona est un solo pour une actrice, le portrait d'une jeune femme des années 2000 au moment de son passage à l'âge adulte et de son entrée dans le troisième millénaire. Une prise de parole politique et intime sur des sujets très contemporains se reflète dans la difficulté existentielle de cette jeune femme celle du mal-être d'une société tout entière.

«Dans sa direction d'acteur, Bobée travaille en subtilité. Res/Persona, est surtout une mémorable performance solo de l'actrice Clarisse Texier qui déborde de sensibilité.»

"Res/Persona" David Bobée / Ronan Cheneau

Ronan Chéneau a signé en 2004 chez "Les solitaires intempestifs" le texte intitulé "Res/Persona". Cette pièce est une réflexion sur la société occidentale actuelle, société de consommation s'il en est, prise dans le tourment des exigences de tous les jours. La pièce est sous-titrée "Nous qui avons encore vingt-cinq ans...". A cet âge, l'on a passé un quart de siècle sur la terre. On la connait déja un peu et dans le même temps, il reste beaucoup de choses à découvrir. C'est l'âge que l'auteur a choisi de donner à son héroïne pour mieux camper son histoire. Elle a 25 ans. A cet âge, elle a connu beaucoup de choses dans son existence : elle en parle. Il y a encore énormément de choses à faire : elle les envisage, en rêve, décide, dans son monologue, de les vivre ou d'orienter autrement sa vie. Cet âge de 25 ans permet donc de jouer sur l'expérience qu'a déjà eu le personnage et l'avenir qu'elle peut envisager sur scène.

 

Pour sa part, notre héroïne décide de s'octroyer le droit de parler de choses de son temps. Comme par exemple le passage dans le 3e millénaire. Ou encore les automatismes de sa société, où paraître devient presque vital. Au point où certains deviennent anorexiques, et d'autres sont contraints d'acheter des choses dont ils n'ont pas besoin, mais qu'ils "doivent" absolument posséder. Rappelezvous le fameux canapé mauve. Elle aimerait bien dénoncer cela, et beaucoup d'autres choses encore. Mais rien que d'y penser, elle ne s'en sent pas la force. Elle prend l'option de se laisser entraîner par le mouvement collectif, plonger dans les rayons d'un supermarché pour se persuader "d'appartenir au monde tel qu'il est". Et c'est à ce niveau que se dégage la problématique essentielle de ce texte. Se conformer à l'ordre pré-établi que l'on n'approuve pas, mais qu'on s'estime incapable de changer ? Ou bien, essayer, tant bien que mal, de vivre sa vie, loin des conventions, et des convenances ? Le personnage a choisi son camp. Celui de ceux qui subissent. Elle affirme qu'elle n'est pas du genre "à se battre comme ceux-là... à faire la guerre ... pour des idées".

 

Elle est à un âge ingrat. L'âge où l'on n'est plus une adolescente, mais pas encore vraiment une femme. Et elle s'inquiète, s'interroge, se répond : "J'ai 25 ans putain je ne veux pas mourrir". Et de décider : "je me révolterai que le jour où je saurais que j'ai définitivement râté ma vie". Car pour elle, les révolutions étaient dignes des époques des tsars et des rois. Il n'y en a plus aujourd'hui. Cela ne servirait donc à rien, une révolution. A travers son personnage, Ronan Chéneau semble vouloir s'inscrire en faux contre les foyers de tensions qui jalonnent la planète terre. Ainsi évoque-t-il la guerre du golfe, avec son chapelet d'atrocités. Pour lui, ce conflit marque le début des guerres Nord/Sud. Il parle aussi des attentats du 11 septembre 2001. L'héroïne pensait que notre époque ne pouvait pas faire partir de l'histoire, qu'elle était très banale. Elle a changé d'avis depuis les fameux attentats...

 

 

A la lecture d'une pièce de théâtre, l'on s'attend logiquement à voir un certain nombre de choses, comme les indications scéniques par exemple. La pièce Res/Persona frappe par l'absence dans le texte de tous ces ingrédients. Pas de didascalies, ni de ponctuation (sauf quelques rares "deux points", "points d'interrogation" et guillemets), ni d'action. Tout ce qui se passe dans cette pièce est narré par l'unique personnage. Et encore, la pièce est plus une réflexion qu'une narration d'action concrètes. Pas d'accessoires non plus. Le texte se décline en une vingtaine de fragments versifiés. Certains portent un titre, d'autres pas. La langue ici se veut légère, parfois proche du régistre familier. A dessein, les fragments courts s'intercalent avec des fragments plus longs, ce qui donne du rythme à la lecture.  

 

L'auteur a choisi de donner aux mots tout leur sens à travers un texte dépouillé de tournures alambiquées et savantes. Enfin, il est à remarquer l'ingérence dans le récit d'autres langues que le français. Il s'agit de l'allemand (Ich bin metaphysik) et de l'anglais. Une façon pour l'auteur d'inscrire son texte, si ce n'est dans un cadre universel, tout au moins dans un contexte européanisé. Pour finir, signalons que la pièce a déjà été créée en janvier 2004 par la comédie de Caen. Le texte est une commande de David Bobée qui s'est chargé de la mise en scène. Il est remarquable de noter que l'écriture de la pièce a été faite parallèlement au travail de plateau. Une pièce qui aura donc eu la chance, contrairement à beaucoup d'autres, d'avoir été créée au théâtre, avant que d'être éditée. Ce qui rappelle à l'esprit que le théâtre est d'abord et avant tout un art de la scène, avant que d'être un genre littéraire.  

 

Ronan Chéneau
(1974 - )

Après des études de philosophie, Ronan Chéneau se tourne vers la dramaturgie, travaillant en particulier avec le metteur en scène David Bobée et le Groupe Rictus. Ses textes interrogent l'individu d'aujourd'hui, sa liberté politique, sexuelle, et puisent aussi bien dans la publicité, le journalisme grand public, la grande littérature et la vulgate politico-économique. Ses références se placent du côté des plasticiens et des poètes sonores. Il a obtenu la bourse du CNL en 2005. Il vient de terminer une trilogie sur la génération actuelle des 25- 30 ans, dont les deux premiers volets, Res / personna et Fées, ont été créés en 2004 au CND de Normandie et le troisième, Cannibales, en janvier 2007 à l'Hippodrome - scène nationale de Douai. 

Cannibales, Les Solitaires intempestifs, 2005, Fées, Les Solitaires intempestifs, 2004. Res / personna, Les Solitaires intempestifs, 2003

Ronan Cheneau, d.r.

 

Une autre pièce de David Bobée sera représentée Lundi 03/12 prochain à L'HIPPODROME "DAVID DEDANS DEHORS" d'après l'un des chapitres du livre de DENNIS COOPER "CLOSER"...

 http://www.hippodromedouai.com/

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Publié dans desiderio

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