René Raymond à Thessalonique
| Angelioforos |
L’HISTOIRE | Jeudi 11 Octobre 2007 |
René Raymond, Fançais de 92 ans à Thessalonique « Rencontre » - dette d’une vie
Pèlerinage sur la tombe d’un père qu’il n’a jamais connu.
Reportage Vasilis Peklaris
La dette d’une vie, une rencontre… qu’il n’avait pas été possible de réaliser de toute une vie, vient d’être accomplie par René Raymond, aujourd’hui dans sa 92ème année.
Ce lundi au matin, il se trouvait au cimetière allié de « Zeïtenlik » où il s’est incliné sur la tombe de son père qui est mort il y a 89 ans et qu’il n’a jamais connu.
De Toulon, il embarque sur un navire et se dirige vers le port de Thessalonique d’où il sera envoyé sur le front de Serbie.
Peu de temps après, en 1915, naît son troisième fils, René, qui ne pourra pas connaître son père qui, après des pérégrinations sur les fronts, mourra le 21 octobre 1918 dans l’hôpital de campagne français à Thessalonique, sans doute de quelque maladie ou de souffrances et d’épuisement.
« Pendant son absence, il a envoyé quelques lignes et des cartes à sa mère, qui ont été perdues pendant la deuxième guerre mondiale quand celle-ci est morte. Nous n’avons jamais su ce qui s’était passé parce qu’à aucun moment il n’avait réussi à revenir en permission en France comme cela arrivait pour la plupart des soldats français. Peut-être parce qu’il était maréchal-ferrant dans l’armée de terre, il était considéré comme irremplaçable et il ne pouvait pas partir. Plus tard, nous avons appris sa mort, ma mère s’est remariée et ainsi l’histoire de mon père est devenu une histoire du passé dont nous n’avons plus reparlé. »
Le petit René a grandi à Niort, il est devenu cuisinier ; il a travaillé pendant 10 ans sur des navires de guerre et de commerce et pendant 8 ans dans la région du Sahara, dans l’alimentation de compagnies pétrolières.
En 1962, il est rentré en France où il a travaillé jusqu’à sa mise à la retraite comme gérant dans le restaurant d’une usine de construction automobile « Chrysler » où 35 personnes préparaient chaque jour 3000 repas pour les ouvriers.
En 1937, il s’est marié pour la première fois et après la mort de son épouse, il s’est remarié en 1985.
La recherche
Sa fille adoptive, Joëlle Deneuville, est celle qui l’a exhorté à rechercher les traces de son père inconnu.
Finalement, en 2005, lors de la fête de ses 90 ans, René s’est donné pour but et a considéré comme un devoir vital de découvrir où se trouvait son père. C’est aussi à ce moment là que le gouvernement français a facilité l’accès aux archives de la première guerre mondiale. Au moyen d’Internet, Joëlle a découvert suffisamment d’éléments, parmi lesquels le livret militaire de Louis Raymond sur lequel il était transcrit qu’il était mort à Thessalonique en 1918.
Grâce au consulat français de Thessalonique, le tombeau était localisé, ce qui ouvrait la route pour la visite-pèlerinage sur la tombe de son père.
Dimanche dernier René, aujourd’hui âgé de 92 ans, accompagné de Joëlle sont arrivés à Thessalonique par un vol des lignes aériennes chypriotes et le lundi au petit matin ils visitaient la nécropole alliée.
« Pour moi, c’était ma première rencontre avec mon père. J’ai été très ému en apercevant la croix et son nom écrit dessus. Aujourd’hui, soit 89 ans après sa mort, j’ai réussi… à le rencontrer. » dit il, ému, tandis que ses yeux, comme ceux de Joëlle qui l’accompagne, s’embuent de larmes.
« Ce n’est pas la fin, mais le début, nous allons poursuivre l’enquête pour trouver davantage d’éléments, ajoute Joëlle, sa fille adoptive.
René ressent le besoin, dans le livre des visiteurs du cimetière, de remercier… « tous ceux qui s’occupent de la conservation des tombes historiques ».
Des livres et des photographies
Pendant la durée du vol vers Thessalonique, René et Joëlle ont rencontré Stavros Kamaroudis, professeur assistant de linguistique grecque à l’université de Macédoine de l’Ouest.
L’histoire de René et la raison de leur voyage à Thessalonique ont sensibilisé M. Kamaroudis, qui s’est chargé de leur servir de guide à Thessalonique, de leur faire rencontrer des historiens qui ont écrit sur la première guerre mondiale, de leur faire visiter l’institut français et le centre d’histoire de Thessalonique. Ils y ont trouvé des livres et des photographies du corps expéditionnaire français, des camps militaires, de l’hôpital et du cimetière. « L’histoire de mon père, que je connaissais dans ses grandes lignes, par ce qui s’en disait et par des documents, est devenue une réalité » explique René Raymond, peu de temps avant d’embarquer dans l’avion pour retourner à La Rochelle où il vit ses dernières années.
Traduit du grec / Journal « Angelioforos » (Le Messager) du 11 octobre 2007.

Première de couverture, dernière colonne en bas, montage couleur de 63x42mm, certificat de décès et portrait de profil sur fond d’alignement de croix. « Thessalonique : Rendez-vous avec la mémoire pour un Français de 92 ans. René Raymond s’est rendu sur la tombe de son père qu’il n’a jamais connu, lequel est mort en 1918 à l’hôpital de campagne français et a été enterré à « Zeïtenlick » Page 3.
Page 3 pleine page Centre gauche illustré de 2 photographies légendées, et d’un certificat de décès en Français : Photographie 142 x 84mm René Raymond, 89 ans après la mort de son père a localisé la tombe de son père et est venu s’y incliner.

Photographie112 x 69 mm
René Raymond, 92 ans avec sa fille adoptive Joëlle Deneuville et Stavros Kamaroudis à l’Institut Français. Dans les mains de René âgé de 92 ans, le livret militaire de Louis Raymond où est transcrite la date de sa mort, le 21 octobre 1918 à Thessalonique.