Cannibales

Publié le par Christophe

Lundi 5 février 2007 / Le Prato Lille 20h       

          Dans Cannibales, il est question du passage où l’on oublie et abandonne la quête de soi et de son être pour une recherche de l’avoir. Se remplir pour compenser.Cette création associe acrobates et comédiens à un texte de Ronan Chéneau. Il s'agit de provoquer la rencontre de différentes disciplines : texte, vidéo, cirque, arts visuels et nouvelles technologies comme pour les deux précédents volets du tryptique Fées et Res/Persona. Le travail d'écriture s'est fait sur le plateau en lien direct avec la mise en scène et les comédiens. Ce spectacle approfondit les thématiques chères à l'équipe de création : la place de l'individu au monde, la quête de son identité sociale et intime, le portrait d'une génération, d'une époque. Il est ici question du parcours d'un couple, d'une histoire d'amour/manque évoquée selon le principe de fragmentation du texte, des scènes, des performances. Un montage aux ruptures de rythmes et de situations afin de créer, par accumulation, une histoire sans narration. Tout se construit à partir d'une scène initiale, celle du couple qui rentre chez lui, s'embrasse, se déshabille, s'enlace, s'arrose d'essence, se fout le feu. Un spectacle comme l'enquête de ce qui a pu les pousser là. La nécrologie d'un couple prétexte à un bilan subjectif politique et intime des trente dernières années. Après Fées et sa salle de bain verte, Res/Persona et son salon bleu, Cannibales plonge le spectateur dans la chambre du couple à l'intérieur d'un appartement design et impersonnel, encadré de murs de vidéos et de lumières. Froid, transparent. Appartement témoin type Ikéa ou Habitat. 

 

Un couple rentre chez lui, s'embrasse, se déshabille, s'enlace, s'arrose d'essence, s'immole par le feu.
Comme par magie, comme si ça n'était pas vrai, ils, «Lui et Elle», se relèvent... Pas pour nous raconter ce qu'il y a après la mort, non, mais pour nous dire ce qu'il y avait avant : comment c'était quand ils étaient vivants... En gros, ils ont la trentaine, et ça se passe maintenant...

 

 Les premières lignes 

Un grand salon, les acteurs sont tous là, ne bougent pas... Clarisse se lève, prend un micro à l'avant-scène.

CLARISSE. -... Le tableau :
Un salon à plusieurs dimensions
Peut-être plusieurs salons en un, à des moments...
Les dimensions communiquent, un peu comme des interfaces...
Le salon high-tech/design d'un jeune couple qui, pour une raison inconnue, commet un acte extrême, violent, fort :
Le suicide en s'immolant par le feu...
Ça, c'est la première scène...
Et puis, comme par magie, comme si ça n'était pas vrai, ils, «Lui et Elle», se relèvent... Pas pour nous raconter ce qu'il y a après la mort, non, mais pour nous dire ce qu'il y avait avant : comment c'était quand ils étaient vivants

En gros, ils ont la trentaine, et ça se passe maintenant...

LUI. - Qu'est-ce qui peut bien manquer au bonheur ? Qu'est-ce qui peut bien manquer au bonheur, une fois qu'on a constaté la fuite de tout...

ELLE. -... Un blanc ?... Un vide ?

LUI. -... Que l'on n'est plus en quête de rien
Et que la route ne mène nulle part...

 

Né en 1974, Ronan Chéneau a fait des études de philosophie. Depuis 2001, il collabore étroitement avec le metteur en scène David Bobée au sein du Groupe Rictus. Cannibales est son troisième texte publié aux Solitaires Intempestifs. « J’aime que le texte soit un élément parmi d’autres de la machine théâtrale, comme le son et la lumière. Je n’hésite pas à utiliser un matériau langagier brut, à puiser aussi bien dans la publicité, le journalisme grand public, la grande littérature et la vulgate politico-économique. Je travaille souvent sur commande, toujours proche de l’acteur, jamais a priori, mais toujours pour du vivant, du présent. »  

 

Entretien avec David Bobée, le metteur en scène et Ronan Chéneau son ami et coéquipier écrivain.

   

Après Fées et Res / Persona, que représente Cannibales, dernier volet de la trilogie ?D.B. : Nous avions envie de mettre des mots sur l’époque, le monde que nous sommes en train de traverser, et notre place. Il ne s’agit pas d’asséner de grandes vérités ! Notre expérience sert de témoignage.
Vous mettez en scène des trentenaires. Pourquoi cette génération ?

D.B. : Toute l’équipe -les techniciens, les comédiens et nous-mêmes- nous arrivons à la trentaine. Dans Cannibales, le couple de trentenaires qui commence à acheter, à posséder symbolise la transformation d’une véritable quête existentielle en une simple quête d’avoir. Mais il n’y a pas de jugement moral ! 

Au début de la pièce, ce couple se met le feu. Drôle d’entrée en matière ! 

D.B. : Pendant les trois premières minutes, il s’agit d’une nécrologie des trente dernières années. Cet embrasement initial nous permet de prendre du recul. Notre désir, c’est de refuser de baisser les bras et de remettre la pensée politique sur la scène du théâtre. 
Votre équipe fait exemple en travaillant en une vraie communauté. Ronan, quel est votre rôle dans cette équipe ? 

R.C. : En fait, j’écris pour les comédiens, pas pour les pièces. J’essaie d’éviter le réalisme pour le réalisme, la métaphorisation et le flou artistique. Avec David, nous voudrions simplement que les gens nous aiment. Postulat affreusement égoïste ! Mais n’est-ce pas juste dans le but de réinventer les rapports avec l’autre ? 

Le journal de Cannibales par Ronan Chéneau

http://www.unairdetheatre.com/content/category/9/19/64/

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Publié dans desiderio

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