Vivat (qu'il vive) sur Arte

Publié le par Christophe

Mercredi 31 janvier 2007 à 00h35 

         A NE PAS MANQUER !                       

Court-circuit spécial Clermont-Ferrand

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Lecture d'un extrait du scénario Vivat (qu’il vive) de Gilles Deroo et Marianne Pistone : Extrait

Myriam Boyer                                                                                   Benjamin Spano

 

 

                                                                 

En compétition au Festival de Clermont-Ferrandhttp://www.clermont-filmfest.com/index01.php

http://www.clermont-filmfest.com/00_templates/page.php?m=206&c=6&id_film=100060098&o

 Vivat (Qu'il vive)

Réalisation : Gilles Deroo - France – 29 mn – 2006 – Fiction - Couleur
Scénario : Gilles Deroo, Marianne Pistone
Production : Mobilis Productions
Coproduction : Le Fresnoy Studio des Arts Contemporains, CRRAV Nord Pas de Calais
Image : Eric Alirol
Interprètes : Myriam Boyer, Benjamin Spano, Stéphanie Petit
Son : Mathias Léone, Fabien Luth
Montage : Marianne Pistone,
Mixage et montage son : Simon Apostolou
Musique : Freddie Mercury « Bohemian Rhapsody »
Format de projection : 35m

Synopsis  

D'emblée il se livre à l'ogresse : "J'ai l'sida. Je t'aiderai à servir les vivantes et toi, tu me recueilleras et je me blottirai contre ton dos, ne serait-ce que cette nuit."  

 

                                      GILLES DEROO  janvier 2007

VIVAT 

 «Vivat» est ton troisième film. Quelles ont été tes sources d’inspiration ? C’est parti d’un jeu de cadavre exquis par mail avec Marianne Pistone. On s’envoyait une séquence par jour. Et il y a eu diverses influences en mêmes temps. Marianne travaillait sur « Sylvain aux ombres », avec des éléments de conte (le loup, la grand-mère, le chasseur) et on avait envie d’une relation archétypale (une ogresse, un avorton). D’ailleurs, très peu de temps après j’ai entendu une chanson de  Thomas Fersen (« Je n’ai pas la gale ») qui y ressemble bizarrement. Comme quoi c’est bien un archétype. Moi j’avais la scène du Vivat en tête car je venais de la voir à un mariage ça m’a marqué, une assemblée de gens qui y croyait (le divertissement pascalien) que c’est possible de vivre à jamais.  

 

Comment s’est déroulée la phase d’écriture ? Il y a eu un moment violent. J’ai eu beaucoup de mal à accepter que le garçon se livre à l’ogresse comme ça et d’emblée lui dise, « j’ai l’sida ». Marianne m’a convaincu en me parlant d’un type dans un bistrot qui avait une maladie et qui déclarait qu’il allait devenir aveugle. J’ai déjà vécu ça, ce type de miracle. Ça a fait tomber toutes les barrières et l’écriture est repartie beaucoup plus facilement.   

Le film oscille entre merveilleux et réalisme. Pourquoi avoir choisi de mêler ces deux univers si diamétralement opposés ? Ça vient de cette écriture, très « conte » au départ elle l’ogresse et lui l’avorton (poucet) qui nous aidait à avoir une relation basique, (la structure du scénario archétypale) mais sur laquelle nous pouvons greffer des obsessions, et aussi la personnalité de Myriam Boyer, Benjamin et les filles, un décor qui a son histoire etc. Même dans le réel, j’ai tendance à avoir une lecture des choses et des gens comme ça, qui mélange réel et mythologie…  

 

Le choix des thèmes musicaux rend également compte de cette dualité. Le Vivat flamand est ancré dans les traditions de la région tandis que la « Bohemiam Rhapsody » du groupe Queen renvoie à un univers plus flamboyant. Qu’est-ce qui a guidé ton choix ? Le Vivat vient vraiment  de ce que je trouve troublant dans cette tradition, souhaiter ainsi une vie éternelle à un proche. Et le chant, la solennité, amène du sacré, tout ça j’aime bien. Ça a en partie inspiré le cadrage de ce plan, très large et symétrique, cette notion de sacré. Mais pas uniquement. J’avais besoin d’être légèrement à l’extérieur de cette cérémonie. Peut être pour sortir du divertissement, revenir à Pascal (ça peut être une fonction du cinéma, même si elle est désagréable, rappeler qu’on est mortel). Pour « Bohemian Rhapsody », c’est venu par hasard (on croit toujours ça), ça passait à la maison, sur une compile. J’ai demandé à la production qui m’a dit oui et qui a tenu, malgré le coût élevé. C’était un vrai plus, et c’est plus tard que j’ai compris combien ce n’était pas neutre du tout. Normalement  j’éviterai de mettre une musique qui colle à l’histoire, mais cette chanson est vraiment incroyable de virtuosité et de lyrisme, il y a du sacré aussi dedans. Quand au fait que  ça colle au personnage de Benjamin, il y a des miracles comme ça aussi des fois dans la vie, où les chansons s’adaptent très justement à ce qu’on vit dans l’instant.

 

Dans « Vivat » la caméra est beaucoup plus mobile que dans tes films précédents. Quelles difficultés as-tu rencontrées ? « Une culture physique » était finalement le premier film que je faisais seul. Et je voulais y mettre beaucoup de rigueur, aussi j’ai verrouillé les manettes et le découpage. Au final, ça ne me correspond pas vraiment, je suis beaucoup plus nerveux que ça. Pour « Vivat », j’ai essayé d’être proche de mes propres élans naturels, comme lorsque Benjamin fuit la fête la nuit, court à disparaître dans les champs. Il revient très vite vers la maison. Il supporte mal la compagnie des hommes, et tout de suite après, ne supporte pas la solitude non plus. Le mouvement général du film attraction/répulsion ça m’est naturel. Contrairement à ce que je pensais, tous ces mouvements, plans séquences, se sont bien mis en place,  complicité avec le chef-opérateur surtout. La scène de Queen était un peu compliquée à tourner, mais parce que c’était un peu une vraie fête (on étaient donc un peu bourrés…pas tous quand même).   

 

Le film comporte des zones d’ombre qui demandent au spectateur de s’impliquer et d’imaginer entre autre la nature des relations qui unit l’ogresse et le jeune homme. Es-tu conscient de malmener certains spectateurs peu habitués à ce genre de narration ?  Oui c’est une leçon qui vient de « une culture physique », qui est un film très immédiatement lisible parce qu’il y a très peu de mystère. L’absence de la mère a juste permis de lui donner un peu de profondeur, mais en gros, le voir une fois est suffisant. Encore une fois, en cinéma, ce qui est en creux (l’absence dans l’histoire, dans le cadre) est plus éloquent que ce qu’il y a. En tout cas ça fonctionne en binôme, le creux et le plein, le yin et le yang quoi, un truc asiatique. Aussi, « Vivat » supporte plus d’une lecture. Il y a le mixeur que j’aime bien qui n’aimait pas trop le film au départ et qui a travaillé longtemps dessus, a fini par se l’approprier vraiment. Ce qui se passe c’est que avec tous les creux et les vides, de narration et de cadre, c’est le spectateur qui remplit et c’est beaucoup plus intéressant pour tout le monde. Mais j’ai conscience que ce n’est pas immédiatement séduisant et de perdre pas mal de spectateurs en route. Il faut apprendre à accepter ça, c’est nouveau pour moi. Sur la relation entre l’ogresse et le jeune homme par exemple, certains y voient une relation mère/fils (renforcée par les Mama de Freddie Mercury), d’autres une relation de désir. Ou les deux pourquoi pas, leur relation est archétypale comme je t’ai dit au début quand on parlait de conte. Ce qui est important, c’est cet aveu, « j’ai l’sida » qui doit être pris comme un don qui les engage l’un à l’autre, et qui provoque ce truc très faible chez les humains, d’avoir besoin de coller sa peau à celle de l’autre.    

 

Le film met en évidence un grand talent de mise en scène et un cadrage au cordeau. Qu’est-ce qui te préoccupe le plus au moment du tournage ? Hé bé ! Je me suis surtout fais un constat d’échec artistique assez dur sur « une culture physique » où je trouvais que je ne m’étais pas mouillé, dans le scénario, dans la mise en scène, rien. Juste avec les acteurs il y a eu quelques moments intéressants (qui tournaient justement autour de l’absence de la mère). Ici sur « Vivat », j’ai essayé de ne pas mettre dans le cadre des choses qui ne me parlaient pas. C’est difficile d’être vrai sur tous les plans, mais il y a au moins le cadre du Vivat, et le plan ou Benjamin se sauve la nuit en courrant dans le champ, qui me sont très personnels. 

 

Tu es également monteur. Pourquoi n’as-tu pas effectué le montage ? Je ne suis pas monteur. Marianne non plus. On a monté ensemble nos films. La technique s’est simplifiée au fil des années et des logiciels de montage. J’ai intégré maintenant que le  montage ça a toujours été une question de culture générale, esthétique et politique, comme dirait un copain documentariste et des fois, c’est plus simple, si on peut se débrouiller seuls avec la technique, de filer notre discours jusqu’au bout. 

LES ACTEURS

Comment abordes-tu la direction d’acteur ? Fais-tu beaucoup de répétitions ? De prises ? Je pense notamment aux scènes de groupe. Ça bouge. J’ai longtemps veillé au réalisme, à la direction d’acteur. Les films de Pialat m’impressionne toujours et pourtant, il arrive que le jeu soit décalé aussi chez lui (pas un ptit noir comme la dernière fois !). Puis des gens comme Bresson ou Dumont m’ont fait relativiser tout ça. Je commence à penser qu’il faut essayer de garder celui qui joue, intact, au plus près de ce qu’il est. C’est déjà un exploit quand on voit tout le décorum qu’entraîne le cinéma. Peu de prises en général 2 ou 3. 7 quand c’est un plan séquence. Pour les scènes de groupe, j’ai fait le casting des dunkerquoises avec André Delettrez. C’était simple celles qui acceptaient de chanter, direct comme ça, même mal (surtout mal) étaient prises. Ça a très bien marché, il y a eu une ambiance d’enfer entre elles et elles partaient au quart de tour. C’est André ensuite qui m’a très bien aidé pour les scènes de groupe.    

 

Myriam Boyer incarne l’ogresse. Pourquoi l’avoir choisie ? Comment s’est passée votre collaboration ? J’aime beaucoup Myriam Boyer que j’avais découvert il y a longtemps dans un film de son mari, « le voyage à Paimpol », je l’ai revue dans « 1,2,3 soleil » et j’ai repensé à l’ogresse, et je lui ai écrit. Ça lui a plu mais elle était pas mal prise au théâtre. On s’est découvert réellement sur le tournage. Franchement, ça s’est passé comme dans le film, il y a eu beaucoup de méfiance réciproque au début car on ne se connaissait pas. Et puis on s’est découvert dans les scènes où  Myriam se lançait sans économie. C’est une actrice très atypique en France je crois, elle est très physique et instinctive. Ça se retrouve dans les plans.   

 

Benjamin Spano a également une forte présence à l’écran. S’agit-il d’un acteur professionnel ? Non. Il était dans le fichier figurants de l’ANPE, où il s’était mis pour gagner des sous. Il avait une drôle de tête c’est pourquoi je l’ai appelé. Il n’a mis aucune séduction dans le casting, n’a même pas cherché à être sympa et a fait juste les choses vraiment. C’est parfait ça. En le filmant, je me suis rendu compte qu’il avait de la photogénie par dessus le marché et que humainement c’était un gars vraiment intéressant alors… C’est avec des gens comme ça que j’aime travailler, et c’est de plus en plus ce que je recherche, y compris dans l’équipe technique.

 

PARCOURS

Peux-tu nous indiquer ton parcours ? J’ai fait des docus avec Patrice Debossere, puis on a fait « Chassé Croisé » ensemble. Puis j’ai continué seul en cours dans un esprit de recherche. J’en suis à réunir ce que j’ai appris en fiction et en documentaire.

 

Tu es scénariste, metteur en scène et monteur. A quelle étape de la réalisation d’un film prends-tu le plus de plaisir ? Le plus fort c’est évidemment le tournage. Le scénario c’est l’âge des possibles alors c’est excitant aussi. Là où la matière grise s’agite le plus, c’est le montage. Il faut en sortir insatisfait avec l’envie de corriger ce que l’on n’a pas tenu. 

 

Tu travailles parfois avec d’autres comme Patrice Deboosere pour « Chassé croisé », ton premier film ou encore Marianne Pistone pour l’écriture et le montage de « Vivat ». Comment choisis-tu tes collaborateurs ? Patrice et moi avons partagé des tas d’expériences ensemble c’est vraiment un ami, nous cherchons dans des directions différentes maintenant c’est normal. Avec Marianne, nous avons commencé par partager l’écriture d’abord, et le goût de cinéastes. On réalise maintenant que c’est surtout les mêmes obsessions qui nous préoccupent. 

 

Quelles qualités artistiques et/ou techniques faut-il posséder pour réaliser un court-métrage ? Je ne m’étale pas sur les qualité professionnelles, mais au bout du troisième court je me rends compte combien la hiérarchie très présente dans le cinéma, nuit au film. Maintenant je fuis les pédants et les orgueilleux, même champions dans leur catégorie. Ceux qui s’annoncent comme tels sont sourds au reste du film. Je préfère qu’on soit peu nombreux, mais dans la même intelligence et dans des relations humaines normales.

 

INFLUENCES 

Quelles sont tes sources d’inspiration ? Utilises-tu ton expérience et/ou ton propre vécu pour nourrir tes films ? On ne s’en rend pas compte tout de suite mais il y a des obsessions qui se dessinent, comme tout le monde. Je pense que j’ai des comptes à régler avec l’adolescence (comme tout le monde) ainsi qu’avec les choses qui finissent (comme tout le monde ?).   

 

De quels metteurs en scène te sens-tu le plus proche ? Quels sont les films qui t’ont marqué ? Ça fait partie du chemin que j’ai fait depuis « une culture physique ». Ça a commencé un hiver avec une intégrale Bergman, faut être maso à priori et ça m’a énormément parlé (c’est une question d’âge peut être), de là ça m’a ouvert des portes, j’ai mieux compris des gens comme Bresson et Bruno Dumont ensuite, puis les asiatiques comme Ozu. Pialat depuis toujours.  

 

PROJETS

Quels sont tes projets ? J’ai lu que tu préparais un long-métrage « Le rouge aux joues ». Oui c’est en gestation depuis longtemps. Je le reprends parfois, « Vivat » est sur ce chemin là. « Le rouge aux joues » est un  recueil, journal de mes obsessions citées plus haut ! (l’adolescence, la finitude, la nature et tout le bazar !).

FESTIVAL DE CLERMONT-FERRAND 

Ton film a été sélectionné au Festival du court-métrage de Clermont-Ferrand. Comment abordes-tu ce genre de manifestation ? Y vois-tu le signe d’une certaine reconnaissance de ton travail ? Le terme compétition a-t-il un sens pour toi ? Tant mieux pour le film mais  je commence à savoir que ce n’est pas toujours les films les plus intéressants qui sont retenus. Il y a des impératifs de séduction aussi dans les festivals. Celui de Clermont a une programmation très variée en général. Il y a eu des prix très mérités (Laurent Achard, la peur petit chasseur par exemple) et puis des choses moins intéressantes. En tout cas ils ont été capables de mobiliser  à fond les gens là-bas, c’est très fort. Sinon, un festival, ça reflète le monde du cinéma en général. C’est excitant au départ et ça déçoit très vite. La compagnie des hommes pas trop longtemps pour moi. 

 

Trouves-tu qu’on fasse suffisamment de place aux courts-métrages ? La plupart des courts ne sont pas très bons. C’est normal on apprend (je dis ça sans mépris, je me mets dans le lot). Mais il y a des gens très bien dès le premier jet, mais la plupart des réalisateur de nos générations sont animés par l’envie de faire du cinéma point, sans plus de fond que ça, de la pub. Cependant, il y a une chose très bien dans le court, c’est que c’est beaucoup moins soumis aux impératifs de la diffusion cinéma de long, moins contrôlé sur la durée par exemple, et quelquefois, il peuvent avoir une vraie vie par la diff en salle et les festivals, ce qui est plus dur pour le long.  En fait il y a un vrai espace de liberté potentiel sauf qu’on est très peu à en profiter.    

 

« Vivat » sera également diffusé sur Arte dans le cadre d’un Court-circuit Spécial Clermont le 31/01 vers 0h30. Souhaites-tu adresser un message à tous ceux qui regarderont le film ? C’est juste un film sensoriel, qu'il faut prendre de manière très immédiate.

Merci Gilles pour ta disponibilité, ta patience avec ma boîte mail, et ton talent...

Bon festival ;)

 

 

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Publié dans desiderio

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