Je t’ai épousée par allégresse

Publié le par Christophe

de Natalia Ginzburg - mise en scène : Marie-Louise Bischof berger - avec Valéria Bruni-Tedeschi, Stéphane Freiss, Edith Scob, Marie Vialle & Armelle Bérengier - Théâtre de la Madeleine. 

               Traduit mot pour mot de l’Italien, le titre "Ti ho sposato per allegria" plonge au coeur des années soixantes, le couple Giuliana-Pietro marié à Rome depuis à peine une semaine.

 

Cette décision nuptiale impulsive perturbe a posteriori le discernement de la jeune femme qui s’en confie à Vittoria (Marie Vialle, jeune comédienne fort prometteuse), sa domestique pleine de vivacité et de fantaisie.

 

D’emblée les personnages apparaissent décalés et laissent s’exprimer leurs pensées latentes au profit ou au détriment, question de point de vue, d’une approche déconstruite de la vie et des sentiments.

 

Feignant d’être persuadée qu’ils ne sont pas fait l’un pour l’autre, Giuliana cherche à lister les mauvaises raisons de leur union et tente de convaincre son partenaire de l’erreur fatale qu’ils ont commises à l’insu et contre l’assentiment supputé de leurs familles respectives.

 

Pleine de nonchalance lucide autant que de plénitude, Valeria Bruni-Tedeschi joue le désenchantement programmé, s’interrogeant sur l’avenir d’un engagement dont, Stéphane Freiss, en apesanteur enjouée, confirmerait le bien fondé : "Je t’ai épousée par allégresse" et cette perspective suffit à ma joie et à notre bonheur à venir.

 

Pour l’heure, sa mère (Edith Scob, cultissime) et Ginestra, sa soeur (Armelle Bérengier, béate de composition) sont attendues pour une visite tant redoutée au jeu de la vérité. Mais c’est paradoxalement, la confusion qui sortira gagnante de cette confrontation où les armes rationnelles vont être contraintes d’abdiquer faute de combattants :

 

  "Tu ne m’avais pas dit que ta mère était évaporée. Si elle n’était pas évaporée, elle serait insupportable... Par chance, elle est évaporée."

 

  "Pourquoi tu ne m’as pas raconté que tu t’étais fait psychanalyser ?", lui rétorque Pietro.

 

  "Il y a beaucoup de choses que je ne t’ai pas racontées... Au fond, nous nous connaissons si peu ! Nous devrions essayer de mieux nous connaître... " propose alors Giuliana.

 

Cette pièce de Natalia Ginzburg est pleine d’affects à fleur de peau, d’intuitions voilées en butte à l’impudeur du sentiment amoureux, confrontés aux sirènes subliminales du réalisme. 

Je t'ai épousé par allégresse
Théâtre de la Madeleine  (Paris)  janvier 2009

Comédie dramatique de atalia Ginsburg, mise en scène de Marie-Louise Bischofberger, avec Valeria Bruni-Tedeschi, Stéphane Freiss, Edith Scob, Marie Vialle et Armelle Bérengier.

"Je t'ai épousé par allégresse", pièce dont l'action se déroule dans les années 60 dans une Italie catholique et conservatrice, relate deux journées de la vie d'un couple qui s'est rencontré un mois auparavant, s'est marié la semaine précédente, et les questionnements intimes des époux face à cette union particulièrement rapide.

Les évènements, affrontements et rencontres de ces deux journées souligneront les fêlures de chaque personnage dans un univers intime instable mais en construction.

"Allégresse : n.f. Joie très vive", telle est la définition du dictionnaire. Or les pensées de Giuliana, marquée par des amours déçues et un avortement, oscillent entre soulagement de s'être mariée afin de sortir de sa condition pauvre, peur de l'engagement, questionnements sur l'amour; elles ne sont guère teintées de joie. Pour écouter son histoire, et ses questions qui n'attendent guère de réponse, l'employée de maison peu fiable, Vittorria, et son mari Pietro, avocat issu d'une famille aisée.

Malgré son propos, le thème de cette pièce n'est pas l'autopsie d'un mariage ou d'un amour, il s'agit d'une comédie douce-amère dans laquelle les interrogations de Giuliana sont contre-balancées par l'attitude décontractée de Pietro face à l'existence et par les situations comiques dans lesquelles Vittorria, la bonne, plonge le couple par son manque de sérieux.

L'arrivée, pour un déjeuner, de la mère et de la sœur de Pietro, offrira à Giuliana l'occasion d'affirmer sa nouvelle condition de femme mariée et d'assumer ses doutes. Le texte de Natalia Ginsburg mêle délicatement des questionnements intimes dans lesquels chacun pourra se retrouver à de petites réflexions hilarantes.

Sur un sujet qui aurait pu être sombre, tout ici respire le charme. D'abord par la grâce des acteurs : Stéphane Freiss, en mari fier et décontracté, en fils libéré du joug de sa mère, se promène tout en légèreté et sourire sur la scène. Valeria Bruni-Tedeschi, dégage force et fragilité, dans ce rôle de femme qui doute. Sa voix incomparable séduit l'oreille comme un vin charpenté mais délicatement vieilli séduit le palais.

Ce couple d'acteurs, dont l'alchimie avait déjà fonctionné au cinéma dans le "5x2" d'Ozon, est ici entouré par un beau trio d'actrices. Marie Vialle porte avec humour et énergie le rôle de Vittoria. Quant à Edith Scob et Armelle Bérengier, dans les rôles respectifs de la mère et de la sœur de Pietro, elles assument pleinement la caricature.

La mise en scène, fluide mais énergique de Marie-Louise Bischofberger, met en valeur cette grâce du couple principal d'acteurs sans jamais que le texte ne passe en second plan. Le décor, les costumes (la petite robe dans un style Dolce Vita de Valeria Bruni-Tedeschi, ou les chaussures rouges de Marie Vialle) et l'animation sonore enrobent le tout du charme d'une Italie très Cinecitta.

 

 

Je t'ai épousée photo Pascal Gély 2.JPG

 

Je t'ai épousée photo Pascal Gély 3.JPG

Les photos sont de Pascal Gély.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article